IV.
Ce soir j’y pleure la mort et l’allégresse
Qui dans un élan glorieux mine nos pensées.
Entourés des nuées macabres du monde
Dans un cocon octroie nos sens.
Entouré des pleurs et des morts je crie.
Un cri d’ardeur et de courage vers le monde.
Vers la vie qui sourie, au futur meurtri.
En ces cendres j’y renaîtrai.
Couvert de baisers je mourrai.
XII.
L’amour peut-il être binaire ? Quand j’aurai trouvé ce mal qui me ronge, alors peut-être comprendrons-t-ils. Je déambule dans un parc désert sous la pénombre des branches. Alors je comprends tout. Peut-être un jour pourrons-nous devenir omniscient du monde. Peut-être pourrons-nous y apposer sur une carte du globe chaque petite parcelle de lumières. Une âme qui glisse entre nous et la vie. Elle fuit. Peut-être saurons-nous alors composer avec elle.
Tendrement et légèrement j’ai serré mon âme au cœur. J’y ai apposé ma marque. Un moment dans la vie qui se présente. On sait qu’on y arrivera, mais nous sommes lâches. Emberlificotés dans notre vie qui tourne et las de vengeance nous pourrons peut-être créer un sourire.
J’étais avec toi dans le jardin du lac. Dans un monde irréel aux reflets verdâtres. Cette vie n’est qu’une coquille. J’y suis et reste à l’abri, nuances et couleurs absentes. Peut-être un jour pourrais-je en sortir et déverser sur ce monde toute l’admiration qu’il impose.
C’est un Divin Créateur qui ici passa. Comment pourrait-t-il s’agir d’une dualité si simple ? Amour et Divin en ce sens peut-être. L’amour ne peut être dualitaire. Marasmes et conflits malheureux nous troublent et à ce moment on pense au monde, à chacune de ces petites lumières qui brillent sur le globe, entre sous-sol et ciel, des gens qui vivent. Vivent leurs paradis et leurs fruits pourris à leur manière. Millions d’amours, millions d’êtres au ciel et en mer. Mais entre cette évanescence de conflits, il y avait toi. Tu as voulu aimer, j’ai voulu accepter. Tu as voulu mon cœur, alors je mourrai heureux.
L’enfance paraît ainsi comme un polaroïd délavé. Couleurs du passé fades et irréelles. Êtres aimés déchirés. Les ombres semblent me parler, afficher leur transparence, comme pour disparaître en ce monde meilleur, en ces moments heureux et divins, irréels et enfumés. J’ai donné mon cœur les yeux bandés. Ce jour, j’ai crié amour et passion, une osmose de sens et de chaleur. Un jour, le monde cessera de tourner pour réchauffer nos âmes perdues et oubliées. Si loin, et si près, sentant la chaleur de celle si chère et noble. J’ai encore aimé, alors je serai gré à la brise de mon âme.
En ce songe du soir, écho de mon étreinte solonelle. J’étais seul ce soir, entouré de nuées divines. J’étais avec toi, monde irréel et planant. Où l’éther des cieux nous semble si confortable, comme acceptable. Je suis seul ce soir, entouré de vêpres et d’odeurs glaciales. C’est pourtant avec grâce et volage, qu’en une vapeur diaphane j’ai transmis une chaleur profane. Ce soir, en mon monde, l’écho de mon cœur fané résonne, corde tendue et note jouée. Affolante progression mortelle, regrets, résonance absolue. Le monde transpire et fulmine, et moi, dans ce songe du soir, seul et dérivant sur une mer d’espoir, je vivrai pour ton souffle.
XIII.
L’enveloppe noire entoure nos sens et nos vies. Ce silence. Silence caractériel et impliquant à coup sûr l’idée de mort. Mais de quelle mort ? Et cette musique, qui berce, berce ! ma vie enrouée de poisons spatiaux. Je ne suis plus qu’ une ombre, guerrière fière de nos aïeuls. Je ne suis plus qu’un spectre entourant et cernant le monde d’autrui. Pourrions-nous une fois, s’échapper de nos tumultes, parcourant le monde et sentant l’air engouffrant notre vision des choses. Un jour peut-être, je sentirai le devoir accompli, la frénésie des sens, et chère dulcinée !
Guipure de plaisir, tissée de nos cieux. De ce monde abstrait et soluble. J’y espère un monde meilleur où chaque cœur oublié sera flagrance et volage. Dans la noirceur je te guette d’un profond espoir chagriné de mes vœux. Je serai pour toi, chère Nocturne, le plus brillant aveu. Et ainsi, enrouées de nos pleurs, j’y sillonnerai cette fenêtre de poudre bleue. Pourrais-je peut-être y rêver moi aussi, y traverser l’arpège des morts.
Je ne peux passer ma vie en ayant le sentiment de ne pas avoir créé. Je ne peux passer ces jours affables et livides, englué dans ce système macabre. L’écrit reste l’écrit, même englobé de substance de suie. Malhabile, je serai heureux. Tremblotant et chancelant, exposé au grand jour, je serai ton sang.
XIV.
Je ne serai peut-être alors que l’ombre de moi-même, errant dans les rues à la recherche de celui que je ne croiserai jamais.
Je ne serai qu’une poussière de la ville, sans jamais atteindre espérance ni cohérence.
Ou alors peut-être s’agit-il d’un rien. Parce que si le rien est malléable, peut-être se referme-t-il sur moi comme un carcan idéaliste. Peut-être ne suis-je qu’un penseur de trop, affamé de non-moi.
XV.
Et si la vie n’était que ceci, oh ! Affolante trahison !
Nous naissons pour mieux mourir. Le goût de souffre dans la bouche.
Je ne peux accepter que ce goût soit unique.
Que chaque vibration, progression de mon cœur, ne soit vaine ?
Je ne peux concevoir régner sur ces fuites.
Où sont ces rebellions ?
Prisonnières de ma tête, trône de mes gloires intimes;
Euphoriques des ombres portées.
Malicieuses de mon étreinte.
Une vie de marbre et d’albâtre
Pour ces instants, silence d’un cloître.
Je rêve d’une substance,
Dure et grisante, enrouée des voix du cœur.
Enfumée des regards spacieux,
Je rêve de vivre, ivre de vies.
Je rêve de ce gisement d’étain,
Érotique et satiné,
Qui dans ses allures étiolées
Embrasserait mes sens étoilés.
Un jour peut-être je pourrai digérer la gloire du monde;
Il est d’un vent aux ambres de mer.
Me cernant et naviguant,
Oh ! Ténébreux amant.

