06 May 2009
Le Cross Processing
Par Xavier, 0 Commentaire(s)
L’essence de ce blog n’est pas portée que sur le domaine de la photographie. Toutefois, je me fais poser beaucoup de question ces derniers temps sur une méthode de photographie argentique bien spécifique, le cross-processing. L’idée générale est de produire une image dont les couleurs naturelles seront altérés chimiquement. Pas question d’utiliser Photoshop ici. Seul le développement spécifique du film fera en sorte de modifier les couleurs.
Le premier point à savoir est que le cross processing implique un film. Oui un film. Exit l’appareil numérique si cher payé. Il ne suffit que d’une petite caméra en plastique pour voir la magie opérer. Tout ceci est d’ailleurs particulièrement en vogue cette année grâce à la mode du vintage et du rétro. On peut acheter pour quelques dollars des petites caméras en plastique permettant d’expérimenter le cross-processing. Tout film peut convenir, mais les puristes (comme moi) ont une nette préférence pour le film de moyen format - dit 120 - qui offre une résolution supérieure pour ce genre d’application.
Le deuxième point à savoir est que le cross-processing est un procédé de développement photographique. Ce n’est pas la prise de vue qui altère les couleurs, mais bien une réaction chimique que j’expliciterai bientôt.
Troisième et dernier point, il faut savoir aussi que le film argentique se décline en deux types et en un éventail de marques commerciales. En premier, on retrouve le film négatif que tout le monde connaît. Développer ce film produit une image aux couleurs inversés. Le film diapo, ou slide, restitue une image directement visible sur filet transparent - un positif. Différence majeure, le film à diapositive transparent doit être développé dans de l’acide E-6 et le film à négatif dans une cuve de C-41. Bingo, nous voilà à la clée du cross-processing.
Formellement, le cross-processing c’est développer un certain type de film avec le mauvais acide. Typiquement, on cross-process un film à diapositive (qui requiert du E-6) avec du C-41. La réaction chimique fait en sorte de produire une image négative sur un support qui est conçu pour être positif ! Une brusque variation de couleurs s’ensuit, ce qui créé toute la magie du cross-processing.
Mais l’idée ne s’arrête pas là. Chaque déclinaison de film possède une émulsion chimique différente, qui réagit différemment au procédé. Ainsi, un film Velvia de Fuji réputé pour sa saturation inimitable, deviendra rouge une fois croisé. Le Fuji Provia deviendra turquoise. Le Kodak E100G démontrera une brusque variation dans la saturation des couleurs. Ainsi de suite. Le plaisir réside donc dans la recherche de différents films pour en tester les variations. C’est un peu comme faire une épicerie. À ce sujet il existe un groupe Flickr qui répertorie les variations de différents films face au procédé.
Il est également à noter que la plupart des laboratoires photos refuseront d’effectuer du cross-processing. En effet, il existe un risque théorique de bousiller toute la cuve de chimie. Qui voudrait perdre une cuve complète pour développer un seul film ? À titre de précaution, chaque rouleau de film doit être développé séparément, d’où un perte évidente de productivité chez les labos. Or, le risque est théorique et on peut berner les laboratoires des grandes surfaces bien facilement en interchangeant les capsules de film 35mm - en faisant passer un film C-41 pour un film E-6 par exemple, et vice versa - on obient alors un cross-process à petit prix. À noter que le dernier laboratoire à Montréal effectuant l’opération sur demande est Boréalis.
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La découverte du film est véritablement un moment magique. L’imprévu est de mise, mais on obtient en bout de ligne une image qui est réellement unique.
On peut aussi se faire prendre dans la folie d’essayer chaque type de film sur le marché. Personnellement, je me suis épris pour le Kodak E100G et le Fuji Velvia. Il faut également faire très attention à l’exposition. Le film négatif habituel possède une latitude particulièrement élevée (± 5 crans !) alors que le diapo E-6 doit être exposé très précisément. L’achat d’un posemètre s’impose.

